Année : 1981
Pays : Angleterre
Catégorie(s) : Comédie, Science-Fiction
Genre : 42.
Durée : 6 épisodes de 30-35 min
Note : Les noms utilisés dans ce dossier sont ceux de la VO car j'ai eu la flemme de relire les livres pour vérifier leurs équivalents en VF.
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LA SERIE


Parfois, je me dis que j'ai vraiment bien fait de prendre Anglais comme première langue à l'école. Après tout, c'est mon manuel d'Anglais de Seconde qui m'a fait découvrir Fredric Brown et son génie du twist final ainsi que Douglas Adams et sa trilogie en cinq volumes du Guide du Voyageur Galactique. D'abord lancée sous forme de série radiophonique sur BBC Radio 4 le 8 avril 1978, The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy (H2G2 en abrégé) allait connaître un succès instantané et être rapidement adapté en deux romans, The Hitch Hiker's Guide to the Galaxy (En VF, Le Guide du Routard Galactique, puis Le Guide du Voyageur Galactique suite à une réclamation des Editions du Routard) et The Restaurant at the End of the Universe (Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde), respectivement publiés en 1979 et 1980, tandis que dans le même temps, Adams travaillait aussi au scénario d'une adaptation télévisée en 6 épisodes qui sera diffusée de janvier à février 1981.


Un petit avertissement avant de commencer.

Qu'il s'agisse de la version radiophonique, écrite ou télévisée, le point de départ est le même: à peine réveillé, Arthur Dent, sujet de sa gracieuse majesté, apprend coup sur coup que sa maison est sur le point d'être rasée pour construire une route ...


- Pour ça, il faudra me passer sur le corps !
- C'est une hypothèse envisageable.

... que son meilleur ami Ford Prefect ne vient pas de Guildford mais d'une planète proche de Betelgeuse ...


Ford Prefect: en ce moment, pour lui, ça roule.

... et enfin, que la Terre est elle-aussi sur le point d'être rasée par la race extraterrestre des Vogons pour construire une autre route.


On doit être Jeudi. J'ai jamais pu supporter les Jeudis. (Réplique authentique)

Mais la fin de la Terre n'est que le début des ennuis pour Arthur et Ford qui, après en avoir réchappé en embarquant clandestinement à bord d'un vaisseau Vogon, sont découverts et éjectés dans le vide spatial, non sans que le capitaine du vaisseau les ait préalablement torturés en leur lisant un de ses poèmes.


Toute résistance est inutile!


Les Vogons sont les troisièmes plus mauvais poètes de l'univers, la première place étant occupée par Paula Nancy Millstone Jennings de Greenbridge en Angleterre.


Dans la version radiophonique, il s'agissait d'un camarade d'université d'Adams qui, même s'il avait apprécié la plaisanterie, lui avait reproché d'avoir utilisé ses véritables nom et adresse qui furent donc remplacées dans les versions suivantes. (Par contre, à en croire certaines sources, le poème serait RÉELLEMENT de lui!)

Ils sont ensuite recueillis à bord du Heart Of Gold, un vaisseau dont l'équipage est constitué de Marvin, androïde paranoïde qui passe son temps à se lamenter sur sa triste existence ...


Je crois devoir vous informer que je me sens terriblement déprimé.

De Zaphod Beeblebrox, l'égocentrique cousin de Ford ...


Non-seulement il a la grosse tête mais en plus, il l'a en double exemplaire.

Et de Trillian, de son vraie nom Tricia McMillan, mathématicienne et astrophysicienne terrienne qu'Arthur avait tenté en vain de draguer au cours d'une soirée avant qu'elle ne se fasse embarquer par Zaphod.


Même une tenue aussi fan service ne peut m'empêcher de me sentir terriblement déprimé.

Vous trouvez que c'est une coïncidence hautement improbable? Mais c'est le genre de choses auxquelles il faut s'attendre quand on voyage dans un vaisseau qui utilise un générateur d'improbabilité pour se propulser. Autrement dit: plus il va vite, et plus les choses qui se passent dans les environs sont improbables.


Comme, par exemple, la transformation d'un des passagers en pingouin.


Ou celle d'un missile en baleine retombant douloureusement au sol.


Ou encore, la mise au vert du poste de pilotage.


Vous croyez qu'il va nous dire qu'on est son seul espoir?


Les physiciens respectables ne peuvent encaisser la façon dont la science est traitée dans cette série.

De toute façon, la logique a bien peu de place dans la suite de la série que j'aurais bien du mal à vous résumer tant le récit n'a de cesse de sauter du coq à l'âne et nos héros de tomber de Charybde en Scylla, ballottés de vaisseaux en planètes quand ils ne sont pas victimes de voyages temporels intempestifs.


La croisière s'amuse.


La croisière ne rigole pas avec les passagers clandestins.


La croisière ne s'amuse plus du tout.

Seul fil rouge: la question ultime que tout le monde se pose sur la vie, l'univers et le reste et qu'Arthur serait le seul à connaître, puisqu'il est (avec Trillian, mais elle en est partie avant lui) le dernier survivant de la Terre qui était en réalité un super-ordinateur conçu pour trouver cette question mais qui fut détruite 5 minutes avant la fin de ses calculs, c'est ballot.


Pour la réponse, il y a belle lurette qu'on sait que c'est 42 grâce aux 7,5 millions d'années de calcul de l'ordinateur Deep Thought.


D'ailleurs, au départ, les philosophes étaient opposés à ces calculs, craignant que le résultat ne les mette au chômage.


Ceci n'est pas le Père Fouras, mais Slartibartfast, un des créateurs de la Terre.


Car il existe toute une industrie qui crée des planètes sur mesure et sur commande avec une option meringue.

Pour les aider dans leurs mésaventures, nos héros peuvent heureusement compter sur l'aide précieuse d'un ouvrage de référence: Le Guide du Voyageur Galactique qui donne son titre à la série et contient toutes les informations nécessaires sur les technologies, planètes, races et créatures qu'ils peuvent rencontrer. Le récit est d'ailleurs régulièrement interrompu par des extraits du guide dont les images et animations imitant l'aspect de graphismes informatiques et réalisés par Rod Lord sont devenues cultes.


Le Guide du Voyageur Galactique, ancêtre de nos E-books.


La Terre y figure, évidemment, avec la définition "inoffensive" ("Globalement inoffensive" depuis le dernier addendum).


Tout ce que vous n'auriez jamais voulu savoir sur les Vogons.

Et on peut dire que malgré les limites du budget et des moyens de l'époque, les maquilleurs et les costumiers se sont fait plaisir en créant les différents aliens croisés au cours de la série. Certes, pour certains, ils se contentent d'une couleur de peau vaguement exotique ...


Une verte, ça va.


Un verre, bonjour les dégâts!


À consommer avec modération, donc.

... mais pour les autres, ils se lâchent complètement, en particulier avec les clients de Millimays, le célèbre restaurant où on peut dîner tout en assistant en direct aux derniers instants de l'univers.


Un restaurant dont la clientèle n'a rien à envier à celle de la Cantina de Mos Esley ...


... et où le plat du jour vous conseille lui-même la meilleure partie de son corps.


Une salade verte, s'il vous plaît. (Réplique authentique)


Le restaurant compte parmi ses clients la rock star Hotblack Desatio, mais évitez de l'aborder quand il fait (littéralement) le mort ...


Car vous pourriez avoir des ennuis avec son garde du corps.


Et si la tête de l'acteur ne vous dit rien ...


... c'est parce que vous n'avez pas l'habitude de le voir sans son casque.

Évidemment, l'aspect visuel est représentatif de la SF de l'époque et paraît aujourd'hui bien désuet avec ses créatures exotiques et ses personnages féminins court vêtus. Mais comme il s'agit d'une série humoristique, ça ne fait que renforcer son côté parodique. On peut même dire que plus l'aspect visuel vieillit mal, plus la série vieillit bien.


Alerte fan service! Alerte fan service!

En ce qui concerne le casting, Simon Jones (Arthur), Mark Wing-Davey (Zaphod) et Stephen Moore (Marvin) reprennent les rôles qu'ils tenaient déjà dans le feuilleton radiophonique tandis que Geoffrey McGivern (Ford) dont le physique ne correspondait pas au rôle et Susan Sheridan (Trillian) qui n'était pas disponible sont remplacés par David Dixon et Sandra Dickinson. Si Dixon est un Ford parfait, Dickinson est une Trillian généralement peu aimée des fans. Il faut dire que si le livre décrit le personnage comme une brillante scientifique brune à la peau sombre ressemblant un peu à une arabe (sic), l'actrice est blonde avec le teint pâle et surtout, pourvue d'une voix haut perchée qui lui vaut d'être abonnée aux rôles de ravissante idiote (ou celui de la trompette des Teletubbies). Néanmoins et n'en déplaise aux fans, ce choix de casting était voulu et approuvé par Douglas Adams himself et il avait même insisté pour qu'elle utilise sa voix et son accent non-britannique habituels.


N'empêche ... Vous croyez que c'est parce que les producteurs des films Superman n'ont pas aimé sa prestation que l'actrice se fait écraser un pamplemousse sur la frimousse dans Superman III ...


... avant d'avaler par mégarde un scorpion dans Supergirl?


Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce que ce scorpion fait à la place de mon marshmallow?


C'est parce que nous avons atteint un taux d'improbabilité de 2 puissance 5784562118295 contre un.


Tant que ça? C'est renversant!

Comme les version littéraire et radiophonique, la série télévisée se termine avec Arthur et Ford coincés sur la Terre de la préhistoire en compagnie d'une bande d'emplâtres pas croyables (dixit Ford), ce qui est d'ailleurs une manière pour le scénario de boucler la boucle en ramenant ses héros sur la planète qu'ils avaient quittée au début (Ce qui explique pourquoi ils sont séparés de Marvin, Zaphod et Trillian juste avant). Leurs pérégrinations étaient cependant loin d'être terminées puisqu'ils allaient revenir en 1982 dans un troisième ouvrage intitulé Life, the Universe and Everything (La Vie, l'Univers et le Reste) qui avait une intrigue plus linéaire que les deux premiers.


L'invention de la roue nécessite encore quelques ajustements.


En revanche, celle du Scrabble est en bonne voie.


Il ne reste plus qu'à apprendre le vocabulaire nécessaire aux autochtones.

En revanche, le quatrième opus, So Long, and Thanks for All the Fish (Salut, et Encore Merci pour le Poisson), paru en 1984, n'était qu'une suite de péripéties sans direction ni queue ni tête. On sentait que Douglas Adams commençait à se lasser de ses personnages et poursuivait surtout la série à la demande des fans.


On y aura cependant appris que cette figurante du deuxième épisode se nommait Fenchurch.

La preuve: non seulement il fallut attendre 8 ans avant la sortie du tome suivant, Mostly Harmless (Globalement inoffensive), mais en plus, il se concluait par la mort des personnages principaux! On est même en droit de se demander si le fait qu'Arthur est soulagé que tout soit enfin terminé n'est pas l'expression des sentiments de l'auteur.


Il faut croire que l'argent que lui aura rapporté la franchise ne faisait pas son bonheur.


OK ... Comment doit-on prendre le fait que l'auteur de la série montre son cul à ses fans?

Pourtant, avec le temps, Douglas Adams avait fini par regretter cette conclusion pessimiste et envisageait un sixième volume où on aurait découvert que ses héros avaient survécu. Hélas, son décès en 2001 suite à une crise cardiaque à seulement 49 ans l'en empêchera et c'est finalement Eoin Colfer qui s'en chargera en 2009 avec l'accord de la veuve d'Adams et And Another Thing ... (Encore une Chose …) Comme quoi, rien n'est définitif dans l'univers d'H2G2 dont la seule constante est le chiffre 42.


RIP à l'homme qui en a fait le chiffre préféré des geeks.



BILAN


Scénario = 5 / 5
C'est bien simple: si vous avez aimé le livre, vous aimerez la série qui, étant du même auteur, est d'une fidélité absolue et enchaîne gags et péripéties sans temps mort.



Humour = 5 / 5
La principale qualité de la série est évidemment son humour souvent absurde reposant en grande partie sur les dialogues ciselés (normal pour une histoire qui avait d'abord été créée pour la radio) et sur le décalage apporté par le ton faussement sérieux avec lequel la voix off du Guide nous décrit civilisations et technologies délirantes. H2G2, c'est un peu comme une fusion entre Doctor Who et les Monty Python, ce qui n'est pas surprenant quand on sait que Douglas Adams a écrit pour les deux.



Personnages = 5 / 5
Un sans faute! Tous les personnages sont mémorables, qu'ils soient principaux, secondaires ... ou simplement mentionnés dans le Guide.



Casting = 4,5 / 5
Comme on pouvait s'y attendre, Simon Jones (Arthur), Mark Wing-Davey (Zaphod) et Stephen Moore (Marvin) sont aussi convaincants dans la série que dans la version radiophonique. Et si David Dixon est un Ford parfait, Sandra Dickinson est hélas peu convaincante dans un rôle à contre-emploi, même si c'était un choix de casting délibéré de Douglas Adams.



Costumes = 4 / 5
Malgré les limites du budget et des moyens de l'époque, un soin particulier a été apporté aux costumes et maquillages afin de nous offrir le meilleur panachage possible d'aliens bigarrés. Évidemment, plus de 35 ans après, ils représentent une vision un peu désuète de la SF mais comme il s'agit d'une série humoristique, ça ne fait que renforcer son aspect parodique.



Véhicules = 3 / 5
Même si on les voit relativement peu et que l'aspect maquette est souvent flagrant, les différents véhicules et vaisseaux spatiaux ont des designs variés qui, comme les costumes, évoquent une SF délicieusement rétro.



Décors = 2 / 5
La plupart sont malheureusement beaucoup trop minimalistes et jurent avec le soin apporté au reste. Sans parler de certaines incrustations qui piquent vraiment les yeux. On note cependant quelques fulgurances de ci de là, comme la demeure de Slartibartfast ou l'intérieur du vaisseau B Ark.



Effets spéciaux = 2,5 / 5
Inégaux. Certains sont assez bluffants tandis que d'autres ne sont pas crédibles une seconde. Ils restent cependant corrects pour une série du début des années 80 avec relativement peu de moyens. Une mention spéciale pour les illustrations et animations du Guide, réalisées par Rod Lord en imitant un aspect informatique, qui sont d'une grande qualité.



Générique = 3 / 5
Et justement, on a presque l'impression que l'essentiel du budget "effets spéciaux" est passé dans le générique: les crédits apparaissent à l'écran tandis qu'un cosmonaute passe à travers un tunnel qui se révèle être le "O" du titre flottant dans le vide spatial, le tout sur fond de Journey of the Sorcerer des Eagles (qui était déjà le générique de la série radiophonique). Simple mais esthétique et efficace.




NOTE FINALE = 14 / 20