Année : 1989
Pays : USA
Catégorie(s) : Anthologie, Comédie, Horreur.
Genre : À tombeau ouvert.
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LA SÉRIE


Tout le monde les croyait morts et enterrés en 1955, assassinés à coups de ciseaux par la censure quand ils n'étaient pas brûlés en public par les hordes de la bien-pensance. Et pourtant, tels les morts-vivants qui hantaient leurs récits, les comics horrifiques d'EC allaient revenir à la vie à la fin des années 80 sous la forme d'une série télévisée.


Plus on les enterre, plus ils sont vivants.

Le comble, c'est que les comics d'origine ont bien failli ne jamais exister. Au départ, EC signifiait Educational Comics et cette compagnie fondée en 1944 par Max Gaines (Considéré comme l'inventeur des comics, donc pas n'importe qui) publiait - devinez quoi? - des BDs éducatives basées sur les sciences, l'histoire ou la bible. Bref, pas l'idéal pour attirer les petites têtes blondes qui constituaient alors le cœur de cible des comics. Les ventes ne suivent donc pas et Max meurt en 1947 dans un accident de bateau, obligeant son fils William (Bill) à prendre les rênes de la compagnie alors qu'il ne se destinait pas du tout à une carrière dans les comics.


Et il va leur donner un sacré électrochoc!

Dans un premier temps, Bill Gaines rebaptise la compagnie Entertaining Comics et en diversifie la production en surfant sur les genres populaires à l'époque: western, policier et romance. Puis, début 1950, lui et son partenaire Al Feldstein décident de se lancer dans un genre alors inédit dans ce medium: l'horreur. Ils commencent par tester le concept dans deux anthologies policières en incluant un récit de The Crypt of Terror dans les numéros 15 et 16 de Crime Patrol et un de The Vault of Horror dans les 10 et 11 de War Against Crime.


Pour la petite histoire, c'est Bill Gaines himself qui avait suggéré au réalisateur Robert Zemeckis de terminer cet épisode par le savoureux hurlement interminable de l'anti-héroïne.

Cette fois, le succès est au rendez-vous et les deux revues policières sont transformées en anthologies d'horreur en changeant de noms au passage. Crime Patrol est rebaptisé The Crypt of Terror dès le numéro 17, puis Tales from the Crypt au 20, tandis que War Against Crime devient The Vault of Horror à partir du 12 et qu'un troisième titre, The Haunt of Fear, vient rapidement les rejoindre.


Chérie? Pourrais-tu être assez aimable pour m'apporter une aspirine, s'il-te-plaît?

La recette du succès de ces titres est simple: des histoires aux chutes surprenantes riches en ironie et en humour noir illustrées par de talentueux dessinateurs dont les différents styles permettent de varier les ambiances, allant du réalisme quasi-photographique de Reed Crandall et Georges Evans au grand-guignol cartoonesque de Jack Davis et du romantisme de Jack Kamen au grotesque cauchemardesque de Graham Ingels, le tout raconté par un trio de narrateurs aussi macabres que facétieux multipliant les jeux de mots: le Crypt-Keeper, le Vault-Keeper et la Vieille Sorcière, également appelés les Ghoulunatics (Mélange de Ghouls (Goules) et de Lunatics (Cinglés)).


Choke, gasp, good lord, etc.

C'est d'ailleurs cet humour décalé, véritable marque de fabrique d'EC, qui fera cruellement défaut aux nombreux imitateurs qui tenteront de surfer sur leur succès en multipliant les revues riches en gore mais pauvres en humour, amenant EC à contre-attaquer en surenchérissant dans le sanguinolent. Et malheureusement, les effusions de sang de cette guerre commerciale allaient attirer l'attention des censeurs et plus particulièrement de Fredric Wertham qui fustigea les comics dans son livre Seduction of the Innocent (1954) où il les accusait de tous les maux: Batman rendait ses lecteurs gays, Wonder Woman donnait de mauvaises idées aux femmes et les comics d'EC étaient de véritables modes d'emploi expliquant comment commettre des meurtres.


Et si je mets un masque de Père Noël, ça passe?

Le livre de Wertham allait déclencher une véritable hystérie anti-comics à travers les États-Unis, au point que certaines personnes organisaient des rassemblements pour les incinérer dans le plus pur style Farenheit 451 (Ouvrage écrit en 1953 par Ray Bradbury qui avait justement signé certaines histoires d'EC, tout se recoupe!). Bill Gaines se tira une première balle dans le pied en décidant de témoigner devant une commission du sénat pour défendre ses publications, devenant ainsi malgré lui l'incarnation des comics que le public désirait justement interdire, et une deuxième en proposant aux autres éditeurs de mettre en place un code de censure commun qui aboutira à la création de la tristement célèbre Comic Code Authority. Il en fut en effet rapidement évincé et ses concurrents en profitèrent pour glisser un maximum d'interdictions visant explicitement ses publications, bannissant entre autres les titres comportant des mots comme "Crime", "Weird" ou "Horror" qui étaient, comme par hasard, très présents dans ceux d'EC!


Blessé jusques au fond du cœur d'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle et malheureux objet d'une injuste rigueur ...

Dans un premier temps, Gaines tente de s'adapter en limitant ses publications aux genres que le comics code lui autorise encore: suspense (Impact), aventure (Valor), guerre (Aces High), SF (Incredible Science Fiction) mais aussi médecine (M.D.) et ... psychiatrie (Psychoanalysis)! Mais aucun de ces titres ne dépassera le numéro 5, un Gaines dégouté mettant un terme à sa production comics quand un membre de la commission de censure exige qu'il "blanchisse" un personnage noir ... dans un récit de SF dénonçant le racisme (Et là, j'exige une expertise psychiatrique du type qui lui a demandé ça!)! Il conserve cependant un atout dans sa manche en transformant son comics humoristique Mad en un magazine satirique (donc non-soumis à la CCA) qui deviendra culte et qui continue de paraître aujourd'hui.


J'ai des flashbacks du Viet Nam où je n'ai pourtant jamais mis les pieds.

Après avoir été diabolisés, les comics horrifiques d'EC seront réhabilités avec les années et régulièrement réédités (En France, ils sont disponibles chez Akileos) tandis que leur formule sera reprise par des éditeurs comme DC (House of Secrets, House of Mysteries, Ghosts ...) et Warren (Creepy, Eerie, Vampirella ...). Ils auront même droit à des adaptations sous forme de films à sketch britanniques avec Tales from the Crypt (1972) et The Vault of Horror (1973) et Stephen King et George A. Romero, tous deux biberonnés à ces comics, leur rendront hommage avec le film à sketchs Creepshow (1982) qui sera adapté en BD avec une couverture de Jack Kamen et des dessins de Bernie Wrighston, dessinateur très influencé par le style EC et par Graham Ingels en particulier, et qui connaîtra deux suites (Mieux vaut cependant éviter le très mauvais troisième opus).


Alors, c'est toi qui a produit le troisième volet, hmm?

Et en 1989, un quintet de producteurs composé de Richard Donner, David Giller, Walter Hill, Joel Silver et Robert Zemeckis envisage une nouvelle adaptation de ces comics sous la forme d'un film à sketch avant de finalement opter pour une série télévisée diffusée par HBO, une chaîne très permissive en ce qui concerne le sexe et la violence et qui avait auparavant diffusé une autre série anthologique, The Hitchhicker (Le Voyageur en VF), dont certains épisodes étaient des adaptations officieuses de récits EC.


Les bons vivants et le mort vivant.

Cette adaptation télévisée de Tales From The Crypt débute par une première saison de six épisodes signés par de grands noms de la réalisation comme Robert Zemeckis (Back to the Future (Retour vers le Futur), Who Framed Roger Rabbit? (Qui veut la peau de Roger Rabbit?), Forrest Gump), Richard Donner (The Omen (La Malédiction), Superman, Ladyhawke, Lethal Weapon (L'Arme Fatale)), Walter Hill (The Warriors, 48 Hrs) ou Tom Holland (Fright Night (Vampire, Vous Avez Dit Vampire?), Child's Play (Jeu d'Enfant)).


Donner et son épouse se permettent un petit cameo dans l'épisode qu'il réalise.

Les épisodes sont d'une grande fidélité aux récits d'origine et on retrouve avec plaisir les conclusions souvent surprenantes jouant la carte de la justice poétique avec le méchant du jour finissant pris à son propre piège, victime d'un congénère ou puni de ses exactions dans le plus pur style "œil pour œil". L'arroseur arrosé, en quelque sorte.


Ou l'empailleur empaillé.

Curieusement, alors que HBO est, comme je l'ai dit plus haut, très permissive en matière de violence, cette première saison est très soft sur les effets gores, préférant suggérer que montrer, le passage le plus sanguinolent étant les geysers de sang lors de deux meurtres à la hache.


L'histoire avec une grande hache.

Comme les comics d'origine, chaque épisode a droit à une introduction et une conclusion mettant en scène un narrateur macabre, le Crypt-Keeeper, relooké pour l'occasion puisque le vieillard vêtu d'une robe en lambeau des comics devient un mort-vivant chétif tout en conservant son goût prononcé pour les jeux de mots à deux cents.


Quoi ma goule? Qu'est-ce qu'elle a ma goule?

Enfin, dernier clin d'œil de la série aux BDs qu'elle adapte, chaque récit est introduit par une couverture dessinée par Mike Vosburg en imitant le style de celles des comics d'origine.


Elle va se faire refaire le portrait.

En France, la série fit les beaux jours des Jeudis de l'Angoisse en deuxième partie de soirée sur M6 mais la plupart des épisodes des deux dernière saisons restent inédits en VF et donc absents d'une édition DVD pauvre en bonus, ne respectant pas l'ordre de diffusion original ... et faisant l'impasse sur les deux premières saisons!


Zut, et nous qui nous faisions une fête de les regarder.

Mieux vaut donc se procurer les DVDs US qui, malgré l'estampille "zone 1" sont en réalité zone free et réunissent tous les épisodes. Bien qu'elle ne dispose que d'une piste VO, l'intégrale de la première saison possède des sous-titres français, espagnols et anglais et comporte quelques bonus sympathiques comme un documentaire retraçant l'histoire d'EC comics et une introduction inédite du Crypt-Keeper dont la voix est toujours assurée par l'excellent John Kassir.


On a quand même l'impression qu'ils n'ont pas pu récupérer la marionnette originale.




BILAN


Concept = 5 / 5
Un parfait exemple d'adaptation réussie et respectueuse du matériau d'origine dont elle reprend fidèlement la formule: une anthologie de récits horrifiques à chutes riches en humour noir.



Histoires = 3,7 / 5
Des histoires aux chutes souvent surprenantes fidèlement adaptées des récits originels. (Voir la section Épisodes pour plus de détails. La moyenne est arrondie à la décimale la plus proche.)



Humour = 5 / 5
L'humour noir est omniprésent dans la série à travers les calembours du Crypt-Keeper ou les sorts funestes réservés à ses anti-héros et certains épisodes adoptent un ton ouvertement comique (Collection completed) ou décalé (And all through the house, Dig that cat ... He's real gone).



Narrateur = 5 / 5
Aussi macabre, sarcastique et amateur de mauvais calembours que sa version comics, le Crypt-Keeper bénéficie d'un relookage réussi en mort-vivant et de la voix sépulcrale de John Kassir.



Personnages = 5 / 5
Jouant la carte de la justice poétique, les épisodes nous offrent une galerie mémorable d'anti-héros promis à des châtiments aussi funestes que mérités tout en leur apportant parfois des modifications bienvenues par rapport aux récits d'origine, humanisant des personnages foncièrement mauvais (Niles Talbot, Jonas) ou, inversement, transformant des victimes innocentes en bad guys pour atténuer le côté injuste de leur mort (Charles).



Casting = 5 / 5
On n'a pas encore droit au défilé de guests qui caractérisera les saisons suivantes (Lea Thompson est le seul visage à peu près connu) mais tous les acteurs sont excellents dans leurs rôles.



Monstres = 4 / 5
Si cette première saison fait l'impasse sur les monstres et les créatures surnaturelles, on a quand même droit à un maquillage très réussi qui transforme la mimi Lea Thompson en repoussoir.



Décors = 5 / 5
Seul décor récurrent, la crypte du Crypt-Keeper est particulièrement soignée mais les autres ne sont pas en reste et contribuent aux ambiances variées des épisodes.



Effets spéciaux = 4 / 5
Cette première saison est encore timide en ce qui concerne les effets gores et a donc peu l'occasion de recourir à des effets spéciaux qui varient entre le bluffant (Le cadavre empaillé de Collection completed) et le pas crédible (Les fantômes de Lover come hack to me).



Couvertures = 3,1 / 5
Signées Mike Vosburg dans un style imitant celles des comics originels, les couvertures qui introduisent chaque récit sont indissociables de la série. Si certaines sont de véritables chefs d'œuvre, d'autres sont peu efficaces ou spoilent la chute de l'épisode. (Voir la section Couvertures pour plus de détails. La moyenne est arrondie à la décimale la plus proche.)



Musiques = 5 / 5
Signées par des habitués des musiques de films, elles sont variées et collent toujours parfaitement aux ambiances des épisodes qu'elles illustrent.



Générique(s) = 4,8 / 5
Accompagné d'un excellent thème signé Danny Elfman, le générique de début, filmé en caméra subjective, nous guide à travers une vieille demeure abandonnée jusqu'à un passage secret menant à une crypte et à un cercueil dont un Crypt-Keeper ricanant jaillit tel un diable de sa boîte tandis qu'un liquide verdâtre coule sur l'écran pour faire apparaître le titre. (5 / 5)


Curieusement, les épisodes du DVD de la saison 1 n'ont pas de générique de début. On le trouve cependant en introduction du menu, recadré en 16/9 et avec un "Kill intro" incrusté en bas de l'écran.


Fort logiquement, le générique de fin nous fait faire le chemin inverse mais - je vais faire mon pinailleur - la caméra subjective donne l'impression qu'on quitte la maison ... à reculon. (4,5 / 5) (La moyenne est arrondie à la décimale la plus proche.)




NOTE FINALE = 18,2 / 20