Année : 2001
Genre : Anges exterminateurs.
Durée: 51 épisodes de 24 minutes + 1 épisode special (45 mn) + 1 film (1h27).

Acheter la série : Amazon, Cdjapan, Yesasia, Yahoo Auctions, Celga.

Idée reçue et beaucoup trop répandue : "les séries de tokusatsu sont simplistes, identiques entre elles et chaque épisode raconte exactement la même histoire." Si vous êtes fan de tokusatsu et que vous avez une ou plusieurs personnes de votre entourage qui croit en ce stéréotype, un bon moyen de lui faire revoir son jugement est de lui faire regarder KAMEN RIDER AGITO (n'hésitez pas à employer la même technique que dans ORANGE MECANIQUE en cas de refus, c'est pour une bonne cause). La deuxième série de KAMEN RIDER de l'ère Heisei (correspondant au règne de l'empereur Akihito de 1989 à nos jours), la première étant KAMEN RIDER KUUGA, est en effet un feuilleton passionnant à l'intrigue tellement riche qu'il est pratiquement impossible de la résumer sans écrire un roman. Je vais quand même tâcher de vous en narrer l'essentiel.


D'accord, allez-y, la branche japonaise des technocrates de Washington vous écoute.

Suite aux événements de KAMEN RIDER KUUGA, la police japonaise a créé une unité spéciale pour combattre les "formes de vie non identifiées" (surnom donné à la tribu Grongi, adversaires de Kuuga): le SAUL (Squad of Anti-Unindentified Lifeforms). En fait partie Makoto Hikawa, un policier équipé du système G3, un prototype d'exosquelette conçu par sa collègue Sumiko Ozawa. Bien qu'initialement créé pour faire face à un éventuel retour de la tribu Grongi, l'Unité G3 du SAUL est rapidement confrontée à une toute autre menace: des créatures que la police baptise les Unknowns traquent et assassinent des personnes développant des pouvoirs psychiques, même si la plupart de leurs victimes n'en sont même pas conscientes.


L'avantage des meurtres commis par les Unknowns, c'est qu'on peut tout de suite écarter la thèse de la mort naturelle.


C'est pour enlever les corps qu'il y a parfois des problèmes.


Ce malheureux s'est fait des cendres.


Un remake japonais de SEVEN?

Le premier affrontement entre Makoto et les Unknowns tourne malheureusement vite à son désavantage mais il est sauvé par l'intervention d'un combattant que les Unknowns appellent "Agito". Sous son masque se cache Shôichi Tsugami, un jeune amnésique recueilli par Yoshihiko Misugi chez qui il s'acquitte de divers travaux ménagers en échange du gîte et du couvert. La seule personne à connaître sa double identité est Mana Kazaya, la nièce médium de Misugi qui vit chez ce dernier depuis le meurtre de son père.


Agito, chevalier des temps modernes.


Agito est tout feu, tout flamme.

De son côté, Ryô Ashihara, un ancien champion universitaire de natation, cherche à élucider les circonstances de la mort de son père. Son seul indice est un carnet rédigé par ce dernier et dans lequel figurent les noms des passagers de l'Akatsuki, un navire victime d'un mystérieux accident maritime alors qu'il se trouvait à bord. Malheureusement, les Unknowns traquent les survivants de cet accident et Ryô est régulièrement amené à les affronter, l'occasion pour lui de découvrir qu'il peut se transformer en Gills, une version imparfaite d'Agito.


Agito, G3 et Gills en civil.

Et au cas où vous trouveriez que ce pitch est encore trop simple, ajoutez à cela un jeune homme en noir aux motivations mystérieuses et doté de vastes pouvoirs, que des scientifiques ont créé à partir d'un code génétique trouvé dans un container échoué sur une plage, devenu adulte en quelques jours (le jeune homme, pas le container) et qui semble avoir un lien avec les Unknowns.


On trouve de plus en plus de détritus sur les plages.


Depuis Pandore, les gens devraient pourtant savoir que ce n'est pas prudent d'ouvrir des boîtes dont on ignore le contenu.


Là où il y a des gènes, il n'y a pas de plaisir.

Ce scénario à la fois complexe et passionnant est l'œuvre de Toshiki Inoue qui a longtemps été une valeur sure du tokusatsu jusqu'à ce que l'échec monumental de KAMEN RIDER HIBIKI (beaucoup plus imputable aux ingérences des producteurs qu'au scénariste) et des tics d'écriture de plus en plus flagrants (à l'instar d'un Chris Claremont ou d'un Stephen King) ne lui fasse rejoindre la longue et douloureuse liste des "fallen creators". KAMEN RIDER AGITO constitue cependant l'un de ses meilleurs travaux et est l'exemple même de la série dont il est impossible de décrocher une fois qu'on l'a commencée, tant elle fourmille d'intrigues secondaires et d'énigmes récurrentes (Quel est le passé de Shôichi? D'où lui viennent ses pouvoirs? Et ceux de Gills? Pourquoi les Unknowns commettent-ils ces meurtres? Quel est leur lien avec l'homme en noir? Qui a tué le père de Mana? Que s'est-il passé à bord de l'Akatsuki? Etc...). Et comme si ça ne suffisait pas, chaque épisode se termine sur un cliffhanger haletant. Certes, il arrive que des éléments importants soient introduits dans un épisode pour être ensuite laissés de côté pendant des mois (Par exemple, dans le double épisode 7-8, Mana accède à la mémoire de Shôichi, découvre que celui-ci a peut être joué un rôle dans le meurtre de son père et ... on n'en reparle plus avant l'épisode 43!), mais au moins, tous les mystères sont résolus à la fin de la série, sans qu'il ait fallu subir des dizaines de révélations contradictoires étalées sur plusieurs saisons jusqu'à ce que l'histoire n'ait plus aucun sens et que seuls quelques fans hardcores s'y intéressent encore. Messieurs les scénaristes de séries américaines, prenez en de la graine!


Autrement dit: y a pas photo!

KAMEN RIDER AGITO possède une inspiration religieuse très marquée, visible dès le générique de début qui s'ouvre sur une fresque où figurent pêle-mêle des anges, une arche et des personnes accompagnées de Kamen Riders traversant une mer fendue en deux. Mais cette influence se retrouve aussi dans le magnifique design des Unknowns, que l'on doit à Yutaka Izubuchi. Ainsi, leur apparence d'hommes à têtes d'animaux évoque beaucoup celle des dieux égyptiens, agrémentés pour certains d'armures inspirées des anciennes civilisations grecques et romaines, mais ils ont aussi certaines caractéristiques évoquant les anges, comme des ailes vestigiales et une auréole qui apparaît lorsqu'ils utilisent leurs pouvoirs où sont blessés à mort. Même la mythologie sur laquelle repose la série pioche dans plusieurs mythes (Prométhée, le déluge ...). A moins que, selon une théorie chère à Jack Kirby, ce soient ces mythes qui aient été inspiré par la mythologie d'Agito?


Contrairement aux apparences, les Unknowns ne sont pas des anges.


On se serre la pince?


Ça t'apprendra à dire que je ne suis pas une flèche!

KAMEN RIDER AGITO introduit un élément nouveau qu'on retrouvera dans les séries suivantes de la franchise: la présence de plusieurs Kamen Riders en plus du Rider principal. Certes, il y avait eu des précédents, comme Kamen Rider Ni-Go qui était le partenaire de Kamen Rider Ichi-Go dans la toute première série de la franchise, mais ce personnage avait été initialement créé pour remplacer le héros après que son interprète se soit cassé les deux jambes à la suite d'une cascade ratée (Une des raisons pour lesquelles ce sont désormais des cascadeurs qui incarnent les héros en costume). Quant à Riderman dans KAMEN RIDER V3 et Tackle dans KAMEN RIDER STRONGER, il s'agissait plutôt de simples sidekicks, tandis que KAMEN RIDER AGITO est la première série à utiliser trois Riders d'importance égale (ultérieurement rejoints par un quatrième et je ne compte pas les porteurs éphémères des variantes du système G3). Par conséquent, c'est également cette série qui a introduit la tradition de faire s'affronter entre eux au moins une fois ses Riders principaux, que ce soit parce que l'un d'eux a perdu le contrôle de ses pouvoirs ou à la suite d'un quiproquo malencontreux, comme lorsque Gills prend Agito pour l'assassin de sa petite amie. Kamen Riders et super-héros Marvel, même combat!


Donne-moi ta mitrailleuse, c'est moi qui fait!

En plus de sa série principale, KAMEN RIDER AGITO a également eu droit à un épisode spécial (ARATANARU HENSHIN) et à un film (PROJECT G4). Comme souvent avec les épisodes spéciaux et même si certains fans de la série s'y sont essayé, il est impossible de les situer dans la continuité de la série car ils sont totalement incompatibles. Ainsi, dans ARATANARU HENSHIN (qui introduit la Shining Form d'Agito), Hôjô, un policier arriviste déterminé à capturer Agito, surprend une conversation qui lui révèle sa véritable identité. Or, dans la série, il découvre qu'Agito et Shôichi ne font qu'un dans des circonstances totalement différentes et est le premier surpris par cette révélation. Pire: ARATANARU HENSHIN est en contradiction avec PROJECT G4 qui est censé être sa suite directe. Ainsi, non seulement Hôjô ne semble plus se souvenir de la véritable identité d'Agito (à croire que le coup de poing reçu dans ARATANARU HENSHIN lui a fait perdre la mémoire), mais les deux films comportent une scène commune où une taupe qui a infiltré l'Unité G3 pirate ses fichiers et les deux versions de cette scène sont incompatibles entre elles.


Des erreurs de continuité pareilles, c'est impardonnable! Viens là que je te tire les oreilles!


Tu n'espérais tout de même pas que ça passerait comme une lettre à la poste?

Bénéficiant d'un solide scénario particulièrement riche en mystères et en coups de théâtre, ainsi que de personnages complexes et attachants, KAMEN RIDER AGITO est une série passionnante qu'il est impossible d'abandonner une fois commencée. Mieux vaut évidemment la commencer du début et ne rater aucun épisode, sinon vous risquez d'être complétement perdu. Et donc, si vous montrez cette série à votre ami anti-tokusatsu du début, il y a de grandes chances pour qu'il révise son jugement sur ces séries. Evidemment, il y a le risque que ledit jugement passe de "simplistes, identiques entre elles et chaque épisode raconte exactement la même histoire" à "beaucoup trop compliquées".


Très bonne chronique, bravo!


Toku-Actrice(s) :