Année : 1971
Genre : Ma prof sorcière bien aimée.
Durée : 26 épisodes de 25 minutes.

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Shôtarô Ishinomori (1938-1998) est un peu l'équivalent japonais du duo formé par Stan Lee et Jack Kirby: s'il n'est pas l'inventeur des super-héros japonais, il en a redéfini les codes tout en faisant preuve d'une créativité exceptionnelle car en plus d'être l'initiateur des franchises Sentai et Kamen Rider qui se poursuivent encore aujourd'hui à raison d'une série par an, il a créé une ribambelle de super-héros cultes aussi bien dans ses mangas que dans les séries lives ou animées auxquelles il a contribué. Et comme nous allons le voir avec Suki! Suki!! Majo sensei, cet auteur prolifique innovait même quand on lui demandait de recopier le travail des autres.


Installez-vous, le cours va commencer.

En effet, à la base, Suki! Suki!! Majo sensei avait pour seule ambition d'être un équivalent live des Majokkos (魔女っ子) ou "enfants sorcières", un genre de dessin-animé très populaire au Japon mettant en scène d'espiègles sorcières juvéniles, précurseuses des magical girls et autres Sailor Moon.


Voyons... Comment vais-je m'habiller, aujourd'hui?


Hmmm... Non!


Non plus.


J'ai passé l'âge, voyons!


Non... Du moins, pas aujourd'hui.

Shôtarô innove cependant en faisant du personnage principal une femme adulte et une héroïne multiclassée sorcière et extraterrestre, Hikaru Tsuki étant en réalité la princesse de la planète Alpha située dans la nébuleuse d'Andromède, envoyée sur Terre pour étudier les Terriens, mission dont elle s'acquitte en exerçant la profession d'institutrice à l'école Tôzai où elle s'occupe de la classe D de 5ème année.


Une prof sorcière extra-terrestre? En voilà, une histoire à dormir debout!


Où va-t-on si les profs taguent les voitures, maintenant?


L'homme à tout faire de l'école est quelqu'un d'assez perché.


Mais de là à avoir peur de lui...


Ce problème d'absentéisme devient de plus en plus préoccupant.


Le chien n'a pas pu venir, je le remplace.

Quant à la source de ses pouvoirs magiques, il s'agit du moonlight ring, une bague qu'elle porte au majeur gauche et qu'elle doit régulièrement recharger en la pointant vers l'astre lunaire durant la pleine Lune, ce qui est presque logique sachant que son nom de famille, Tsuki, signifie Lune et son prénom Hikaru vient de Hikari qui veut dire lumière. Son nom complet pourrait donc se traduire par "lumière de la Lune".


En plein jour ou dans la nuit noire, nul mal n'échappe à mon regard!


You'll believe a prof can fly.


Ou pas.


Zut, j'ai plus de jus!

En fait, Hikaru s'inspire beaucoup d'une des plus anciennes légendes japonaises, celle de la princesse Kaguya, une femme d'une très grande beauté qu'un coupeur de bambou avait trouvée bébé à l'intérieur d'une tige de bambou et qui, des années plus tard, se révélera être la princesse de la Lune et devra retourner sur son monde d'origine en abandonnant à contrecœur sa famille d'adoption. Les références à ce célèbre conte abondent d'ailleurs dans les fictions japonaises et on ne compte plus les séries dont au moins un épisode en est inspiré quand on n'y croise pas Kaguya elle-même (Boukenger, Naruto, Shaider ou Ultraman Ace pour n'en citer que quelques unes).


Les méthodes pédagogiques de Hatano, le love interest d'Hikaru, sont TRES personnelles.


Drôle de tenue pour faire cours.


Hou, les amoureux-eux! Hou, les amoureux-eux!

Suki! Suki!! Majo sensei ne fait pas exception et multiplie les références à cette légende (D'ailleurs, comme l'indique la chanson du générique, la série aurait dû initialement s'appeler Kaguya Hime Sensei (Professeur princesse Kaguya)): l'origine extraterrestre de l'héroïne, l'importance de la Lune, les bambous qui entourent sa maison... Même les Taketori ("coupeur de bambou"), le couple âgé qui l'héberge, fait écho aux parents adoptifs homonymes de Kaguya.


Vous ne passerez pas!


La proprio d'Hikaru la tient à l'œil.


Le directeur de l'école aussi.

Et de même que les amis terriens de Kaguya tentèrent de s'opposer à son peuple venu la chercher, l'entourage terrien de Hikaru fera bloc contre son père quand ce dernier tentera la ramener de force sur son monde natal.


Papa, tu m'avais promis de ne pas me faire honte avec ta tenue.


Il faut effectivement avouer qu'elle ne va pas à tout le monde.


Bon d'accord, je me plie aux coutumes locales, mais c'est bien pour te faire plaisir.

Enfin, en bonne magical girl, Hikaru Tsuki se devait d'avoir un petit animal mascotte mais là encore, Ishinomori distord les codes du genre en en faisant un lapin humanoïde nommé Bal que l'héroïne cache tant bien que mal dans une pièce secrète de son domicile. Ai-je besoin de préciser que le lapin est un animal souvent associé à la Lune dans les légendes japonaises?


Allo, Andromède? Ici, la Terre.


Au secours! Ils veulent me faire le coup du lapin!


Je ne vois que le ciel qui poudroie et l'herbe qui verdoie.


Et hop! Joli coup de filet!


Grâce à cet habile déguisement, je devrais passer inaperçu.


À l'occasion, Bal remplace Hikaru quand elle doit s'absenter.


Il y a juste le maquillage qui nécessite quelques réglages.


De GROS réglages.

Sur ce postulat de départ, la première moitié de la série va donc suivre Hikaru dans son quotidien d'institutrice alors qu'elle s'efforce de comprendre les Terriens tout en utilisant régulièrement ses pouvoirs pour résoudre les problèmes de ses élèves, quitte à devoir ensuite faire face aux conséquences imprévues de ses actions.


Tout a commencé par une rédaction dont le sujet était "Décrivez votre famille"...


... et ça s'est terminé par une visite aux parents.


Il faut dire aussi que la rédactrice avait pris beaucoup de libertés avec la réalité.


0 en tout, sauf en dessin.


Je sens que ces notes vont nous poursuivre toutes notre vie.

Il faut d'ailleurs avouer que pour quelqu'un qui prétend s'efforcer de cacher ses pouvoirs aux Terriens, Hikaru est rarement discrète dans leur utilisation.


Moonlight power!


M'enfin!? On n'a pas signé pour un remake de L'homme qui rétrécit, nous!


Surtout avec des faux raccords pareils!


Cette boîte aux lettres confond courrier et courir.


La bourse ou la vie?


Dans la boxe, le plus important, c'est le jeu de jambes.

Cependant, Suki! Suki!! Majo sensei a beau être conçue comme une série humoristique et s'adresser avant tout à de jeunes spectateurs, il n'est pas rare qu'elle aborde avec sérieux des sujets tragiques comme la perte d'un proche par de jeunes enfants qui y réagissent chacun à leur manière: Hiromi devient une élève indisciplinée tout en s'inscrivant à un concours de jeunes talents pour rendre hommage à sa défunte sœur qui lui avait enseigné l'harmonica (épisode 5), Kaoru s'adonne à des drogues qui lui permettent de revoir sa mère décédée (épisode 23) et Nobuo recrée son petit frère sous la forme d'un robot auquel Hikaru donne vie (épisode 6).


Scène ordinaire de racisme anti-robot.


Pas étonnant qu'il finisse alcoolique.

À partir de l'épisode 14, la série va cependant connaître deux bouleversements majeurs de son statu quo: d'une part, Bal révèle son existence aux élèves d'Hikaru et surtout, celle-ci reçoit un poudrier qui lui permet de se transformer en une super-héroïne nommée Andro Kamen. Oui, vous avez bien lu: du jour au lendemain, on passe d'une comédie fantastique à une série de super-héros. Un peu comme si on avait zappé de Ma sorcière bien aimée à Wonder Woman. Et c'est justement là que la série prend une valeur historique puisque Andro Kamen n'est ni plus ni moins que la toute première super-héroïne live japonaise (et même une des premières super-héroïnes japonaises tout court, précédant même la cultissime Cutie Honey!), devançant de quelques années Ultra No Haha (Ultraman Taro, 1973), Tackle (Kamen Rider Stronger, 1975) ou Momoranger (Goranger, 1977) qui, contrairement à elle, ne sont même pas le personnage principal des séries dans lesquelles elles apparaissent!


Votre mission, si vous l'acceptez, sera de devenir la première super-héroïne live japonaise.


Pouvoir du poudrier lunaire...


... Transforme-moi!

Ce virage de la série est largement imputable au fait que Suki! Suki!! Majo sensei avait été lancée quelques mois après une autre création d'Ishinomori, le légendaire Kamen Rider, et que ce dernier avait généré un véritable boum des séries de super-héros tentant d'imiter sa formule. D'ailleurs, même dans la première moitié de la série, il était arrivé à Hikaru d'affronter quelques monstres de la semaine comme une fleur humanoïde carnivore, un alien belliqueux ou même... Socrate s'introduisant dans les rêves d'un de ses élèves pour le tourmenter!


J'ai toujours dit qu'on avait tort de leur faire confiance, à ces philosophes grecs!


Par contre, niveau look, Freddy Krueger peut dormir tranquille (c'est le cas de le dire!).


En attendant, sa malheureuse victime déploie des trésors d'ingéniosité pour ne pas s'endormir.

Hikaru avait même déjà joué les super-héroïnes (ou plutôt les super-héros) dans l'épisode 9 où un de ses élèves, Masao, s'inspirait du héros de sa série (fictive) préférée, Nichirin Kamen, pour jouer les justiciers masqués, amenant son institutrice à adopter à son tour l'identité de son héros pour le tirer d'un mauvais pas.


En attendant de succéder à son homme d'affaire de père...


... Masao se découvre une vocation de justicier masqué.


Rien d'étonnant, donc, à ce qu'il ait rejoint Goggle Five quelques années plus tard.


Malheureusement, à l'époque, il n'était pas très doué niveau identité secrète.


Son institutrice suit son exemple...


... et a bien du mérite à passer pour un homme dans une tenue aussi moulante.

Quoi qu'il en soit, le premier adversaire qu'elle affronte en tant qu'Andro Kamen, Dictionary, n'est guère impressionnant puisqu'il s'agit d'un homme fait de papier hypnotisant une mère d'élève pour qu'elle oblige son fils à étudier sans relâche.


Vos paupières sont lourdes, vous n'entendez que ma voix...


Bosse ou tu auras des bosses.


On va enfin savoir si la plume est réellement plus forte que l'épée.

Mais à partir de l'épisode 18 apparaît celui qui deviendra son ennemi juré pour le reste de la série, Kumondes, et cet extraterrestre mi-homme mi-araignée (Kumo) fait définitivement basculer la série dans une ambiance beaucoup plus sombre et angoissante. On parle quand même d'un sorcier vampire dont le met préféré est le sang de jeunes enfants et qui goûtera à plusieurs reprises à celui des élèves d'Hikaru, laquelle leur permettra heureusement à chaque fois d'échapper de justesse à la mort!


L'ombre malfaisante de Kumondes plane sur l'école.


Simple anémie?


Ou vampire qui a les crocs?


Dans sa toile, il attend d'attraper les enfants.


Prends garde, car Kumondes est là!


Ha, ha, ha! Tu es venue te jeter dans mes filets, Andro Kamen!


Allons bon, j'ai dû zapper sur la version Zen Pictures.

Malheureusement, la série va alors s'enfermer dans un schéma très répétitif où chaque épisode montre Kumondes adopter un déguisement humain pour attirer un ou plusieurs enfants dans un piège avant d'être démasqué par Andro Kamen qui l'affronte ensuite dans un combat se terminant par l'explosion du sorcier vampire extraterrestre... qui revient pourtant en pleine forme dans l'épisode suivant. Un schéma d'autant plus répétitif qu'Hikaru affronte toujours le même adversaire au lieu d'une succession de monstres de la semaine. Au passage, on se demande pourquoi ses élèves s'obstinent à faire confiance aux formes humaines de Kumondes, tant elles sont toutes plus flippantes les unes que les autres. Même Grippe-Sou avait l'intelligence de se faire passer pour un clown amical le temps d'attirer ses jeunes victimes.


Et quand tu seras en bas, avec moi, tu flotteras aussi.


Je vais mettre un terme à tes clowneries, Kumondes!


La clinique de chirurgie esthétique la moins engageante du monde.


Et le chirurgien est à l'avenant.


Etonnez-vous que ses traitements aient de tels effets secondaires!

Malheureusement, si Andro Kamen finira par triompher de Kumondes, son interprète Yôko Kiku n'aura pas autant de chance dans la vraie vie puisqu'elle sera assassinée en 1975 à seulement 24 ans. Le genre de détail qui rend difficile de regarder la série sans un certain pincement au cœur.


Contrairement à la série, la réalité n'a pas eu de happy end.

Sortie au début des années 70, Suki! Suki!! Majo sensei souffre des défauts inhérents aux séries de cette époque: costume et effets spéciaux artisanaux et combats aux chorégraphies approximatives. La première moitié reste très appréciable pour son humour et la variété des histoires et thèmes abordés, tandis que la deuxième est handicapée par une formule trop répétitive. Même si on n'échappe pas à certains clichés sexistes (le personnage principal a la larme facile et est d'une jalousie maladive envers son love interest), Hikaru Tsuki reste une héroïne progressiste pour son époque de par son côté combattante badass et surtout, en tant que première super-héroïne live du japon. La série a beau avoir quelque peu vieilli, elle n'en conserve pas moins un certain charme et s'avère même assez... ensorcelante!


Le cours est terminé. Vous pouvez rentrer chez vous. Moi, je reste dormir ici.