Année : 2002
Genre : De l'autre côté du miroir
Durée : 50 épisodes de 23 min + 2 films

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En 2000, après une très longue absence (la précédente série, Kamen Rider Black RX, s'était achevée en 1989 et on n'avait ensuite eu droit qu'à trois films de 1992 à 1994), Kamen Rider revenait sur les écrans avec Kamen Rider Kuuga, marquant un retour durable de la franchise qui se poursuit encore aujourd'hui à raison d'une série par an. La suivante, Kamen Rider Agito, innovait en mettant en scène plusieurs Kamen Riders au lieu d'un seul et en profitait pour les faire parfois s'affronter entre eux pour cause de malentendu ou de perte de contrôle de leurs pouvoirs, deux nouveautés qui allaient être poussées à l'extrême dans la série suivante, Kamen Rider Ryuki, qui s'ouvre sur la promesse d'une guerre opposant pas moins de 13 Kamen Riders sur fond de duel de cartes à la Yu-Gi-Oh!


Choisissez une carte.

Parmi ces 13 Kamen Riders se trouve bien évidemment le personnage titre, Ryuki, de son vrai nom Shinji Kido, un jeune homme naïf et idéaliste dont le sens exacerbé de la justice lui vaut de s'attirer régulièrement des ennuis en se mêlant d'histoires qui ne le regardent pas ou en se faisant manipuler par autrui. Quand la série commence, il n'est pas encore un Kamen Rider mais un journaliste stagiaire pour le webjournal ORE Journal. Son travail l'amène à enquêter sur une série de disparitions et il trouve chez un des disparu un étrange deck de cartes avant de se faire attaquer par un dragon surgissant d'une fenêtre, puis de passer à travers un miroir pour se retrouver revêtu d'une armure dans un monde où tout est inversé.


C'est vraiment le monde à l'envers.


Pour avoir tiré la mauvaise carte, Shinji se retrouve entraîné dans un jeu ...


... alors qu'il n'est pas au courant des règles.


Heureusement, Yui et Ren sont là pour le tuto.

De retour dans le monde normal, Shinji fait la rencontre de Ren Akiyama qui possède un deck similaire au sien et de son amie Yui Kanzaki qui est à la recherche de son frère Shirô. Ces derniers lui expliquent que les personnes disparues ont été victimes des Mirror Monsters, des créatures vivant dans le Mirror World, une dimension communiquant avec la notre via les miroirs, et qui se nourrissent d'humains pour survivre. Ces créatures peuvent surgir de n'importe quelle surface réfléchissante (miroir, vitre, écran d'ordinateur ou de télévision, flaque d'eau) et une fois que l'un d'eux a jeté son dévolu sur une proie, celle-ci n'a aucune chance de lui échapper, le monstre la traquant sans relâche jusqu'à ce qu'il parvienne à l'entraîner dans son monde pour la dévorer. Et à supposer que sa victime échappe au grignotage, elle reste piégée dans le Mirror World où son corps se désagrège rapidement. La réciproque est d'ailleurs vraie pour les Mirror Monsters qui ne peuvent donc agir longtemps dans notre monde.


Araignée du miroir, déboires.


Ça se bouscule à la sortie du Mirror World.


Les Mirror Monsters sont sur le sentier de la guerre.


Certains ont quand même l'air d'avoir été dessinés par des enfants.


Tout s'explique: c'est le cas !

Le deck que Shinji a trouvé fait partie d'une série de 13 créée par Shirô Kanzaki et permet à son utilisateur de se transformer en Kamen Rider capable de se déplacer à volonté entre notre monde et le Mirror World dans lequel il peut survivre plus longtemps grâce à l'armure qu'il porte (mais pas indéfiniment car elle commence à se désagrégrer au bout de 9mn55). Chaque carte du deck donne accès à une arme ou un pouvoir spécifique (une chance, donc, que les Riders tirent à chaque fois pile-poil la carte dont ils ont besoin dans un deck mélangé au hasard!) mais pour pouvoir utiliser ses capacités à leur maximum, un Kamen Rider doit utiliser une de ces carte pour prendre le contrôle d'un Mirror Monster qui combat ensuite à ses côtés tandis que son armure et ses armes prennent une apparence inspirée de celle du monstre. En contrepartie, le monstre se nourrit de l'énergie vitale de ses congénères tués par son maître. Cependant, si la carte qui le contrôle est perdue ou détruite ou s'il reste trop longtemps sans nourriture, le monstre peut se retourner contre son maître et le dévorer.


Grrrr ! Alors ? Elle arrive, ma bouffe !?


Cette carte de dragon est-elle ignifuge ?


À table !

Vous l'aurez compris, Kamen Rider Ryuki s'inspire des jeux de cartes à collectionner type Pokemon ou Yu-Gi-Oh! Chaque carte, ou advent card, indique même le nombre de points d'attaque des armes et monstres qu'elles invoquent, les plus puissantes étant les final vents qui activent une attaque finale pour laquelle le Rider et son monstre unissent leurs capacités. Ce qui permet d'ailleurs d'apporter aux séries tokusatsu une petite innovation en matière de produit dérivé: les accessoires utilisés par le héros que le fan de la série peut lui-même collectionner.


N'approchez pas ! J'ai une carte et je n'hésiterai pas à m'en servir.

À noter que pour être activées, les cartes doivent être insérées dans un lecteur spécial, le viser, qui est incorporé à une arme ou une pièce de l'armure du Rider et possède une voix électronique qui nomme le type de carte utilisée. Là encore, cette voix électronique (qui permet d'ajouter une fonction aux jouets dérivés) est une innovation qu'on retrouvera dans les séries tokus suivantes.


Rien à redire quand le viser fait partie de l'armure ...


Ou d'une arme fixée à la ceinture quand on ne s'en sert pas ...


Ou à la rigueur, quand Odin matérialise le sien devant lui ...


Mais j'aimerais bien savoir ou Ôja et Tiga rangent les leurs. Heu... En fait, non, je préfère pas savoir!

Voulant empêcher les Mirror Monsters de faire davantage de victimes innocentes, Shinji prend le contrôle de Dragreder, le dragon qui l'avait attaqué, et devient le Kamen Rider Ryuki. Ce qu'il ignore à ce moment, c'est que Shirô a créé les Kamen Riders pour qu'il s'affrontent dans des combats à mort, le vainqueur de ce tournoi ayant alors accès à un pouvoir lui permettant d'exaucer un vœu.


Les Kamen Riders, c'est comme les Immortels dans Highlander ...


Il ne peut en rester qu'un !


Game over !


Au vainqueur revient la récompense.

Ce qui nous amène à deux autres inspirations de la série: les tournois de chevalerie du Moyen-Âge (les casques des Riders évoquent d'ailleurs des heaumes de chevaliers) et les jeux de combat type Streetfighter ou Mortal Kombat (la série sera d'ailleurs adaptée en un de ces jeux): les final vents fonctionnent comme autant de finishs, on a un Rider surpuissant servant de boss final en la personne d'Odin, Shirô possède un pouvoir sur le temps qui lui permet de recommencer la partie à chaque fois qu'elle ne se déroule pas comme il le souhaite, et le Kamen Rider Gai voit le monde comme un immense jeu, s'amusant même à recréer des jeux de combat meurtriers dans le monde réel.


Fight !

À partir de là, chaque nouveau Rider que croisera Ryuki pourra aussi bien être un précieux allié qu'un adversaire redoutable. L'un n'empêche d'ailleurs pas forcément l'autre car dans la guerre qui oppose les Riders, alliances, trahisons et brèves trêves sont monnaie courante. Et même si Ryuki et Ren (Knight) forgent une solide amitié à force de combattre côte à côté, Ren sait qu'il devra tôt ou tard tuer son ami s'il souhaite sortir sa fiancée du profond coma dans lequel elle est plongée.


Ne vous fiez pas au générique qui, après nous avoir montré Ryuki et Knight tenant les cartes de leurs monstres respectifs ...


... enchaîne sur ces personnes aux visages cachés comme s'il s'agissait de futurs Riders de la série ... alors qu'on ne les verra jamais !

Au passage, je vous conseille de ne pas trop vous attacher aux Kamen Riders qu'on croise dans la série, leur espérance de vie y étant aussi limitée que celle d'un personnage de Game of Thrones. Cependant, malgré la promesse de l'existence de 13 Riders, seulement 10 apparaissent dans la série, ce nombre étant surtout une référence à un épisode du manga Kamen Rider intitulé justement 13 Riders. Quant aux trois derniers Riders, Femme, Ryuga et Verde, il faut regarder les films Episode Final et 13 Riders pour les découvrir.


Femme est la première Rider féminine de l'ère Heisei.


Et elle inaugure à son grand regret la tradition qui veut qu'elles ne fassent pas long feu.


Une autre tradition initiée par Episode Final : le film où le héros de la série affronte son double négatif.


Episode Final est également l'occasion pour les acteurs de la série précédente, Kamen Rider Agito, de faire des caméos.


Et évidemment, Tôko Fujita a une bière à la main.

Et comme si Ryuki n'était pas déjà assez occupé avec les Mirror Monsters et les Kamen Riders, il devra aussi composer avec les Alternatives qui utilisent une technologie similaire mais s'opposent à Shirô et cherchent un moyen de sceller définitivement le Mirror World, mettant ainsi fin à la fois à la menace des Mirror Monsters et à la guerre des Kamen Riders. On pourrait donc penser que cela fait l'affaire de Ryuki mais les Alternatives sont du genre "la fin justifie les moyens" et ne reculent devant aucun moyen pour atteindre leur objectif.


Kamen Rider contre Alternative.


Quel est le livre préféré des Kamen Riders ?


La Métamorphose (henshin) de Kafka, bien sûr !

Même s'il y a quelques Riders peu recommandables comme Scissors, Gai ou ce psychopathe d'Ôja, la série est loin d'être manichéenne: les Mirror Monsters ne tuent que pour survivre et la plupart des Riders ont de bonnes motivations pour participer au tournoi, que ce soit sauver ou ramener à la vie un être cher, se venger d'un autre participant ou guérir d'une maladie incurable. Même Shirô Kanzaki qui est l'instigateur de ce bain de sang, qui a créé en la personne d'Odin un Kamen Rider aussi cheaté que totalement à son service pour servir de boss de fin et être sûr que le pouvoir promis au vainqueur lui revienne, qui utilise son pouvoir sur le temps pour rebooter la partie à chaque fois qu'elle ne se déroule pas comme il le souhaite, qui tue et manipule les autres sans remords et qui se contrefiche des victimes collatérales de son petit jeu a en fait un objectif des plus louables: sauver sa sœur Yui promise à un sort funeste le jour de son 20eme anniversaire.


Odin : un Rider cheaté qui soigne ses entrées.


Shirô tire les ficelles dans l'ombre.


Et il insiste pour qu'on suive religieusement ses règles.


Ce type a la désagréable impression d'être manipulé.

Ce qui nous amène au thème principal de cette série: quels sacrifices est-on prêt à faire pour une cause qui nous semble juste et a-t-on vraiment le droit de les faire? Knight peut-il sacrifier son meilleur ami pour sauver sa fiancé? Shirô peut-il manipuler et sacrifier autant de personnes si cela lui permet de sauver sa sœur? Inversement, les Alternatives peuvent-ils la tuer si cela met un terme à la menace des Mirror Monsters dont elle n'est pas consciente d'être indirectement responsable? Doit-on et peut-on sacrifier quelques innocents si c'est le seul moyen de sauver un nombre incalculable d'autres? Typiquement le genre de débat où il n'y a pas de réponse simple et où aucun camp n'a raison sans pour autant avoir tort.


Ce problème mérite effectivement réflexion.


Il est bugué, ce miroir !

Ironiquement, d'ailleurs, si chacun des personnages principaux possède un objectif précis, aucun n'atteindra réellement le sien: la plupart meurent sans y être parvenus ou pire, sans réaliser qu'ils y sont parvenus (Tiga), d'autres y arrivent mais meurent avant d'avoir pu en profiter (Imperer et peut-être Knight) et ceux qui restent y renoncent en réalisant la futilité de leur quête (Zolda, Odin).


Le principe du Mirror World ? C'est vraiment pas sorcier !


À gauche, notre monde. À droite, le Mirror World.


Les miroirs jouant un rôle central dans l'histoire, il n'est pas rare que la caméra filme le reflet d'une scène plutôt que la scène elle-même.


Subtile indication que cette carte existe en trois exemplaires (Même si seulement deux seront utilisés dans la série).


Les Riders qui la possèdent peuvent activer un power-up.


Et ça marche aussi pour leurs monstres.

Cette thématique sérieuse et les nombreuses morts qui émaillent la série ne l'empêchent heureusement pas de comporter beaucoup d'humour grâce à la personnalité naïve et gaffeuse de son héros et à une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs, notamment la rédaction d'ORE Journal. On a même droit à deux épisodes 100% farfelus avec les 29 et 30, comme une petite récréation avant que la série ne reprenne sa routine sombre et désespérée.


La journaliste Reiko, seul membre sain d'esprit d'ORE Journal.


L'informaticienne Nanako, championne du monde toute catégorie des coiffures improbables.


In-ter-di-ction formelle de maltraiter un ordi en sa présence !


Elle est comme ça depuis que son ordi préféré a choppé un virus.


Ciel ! L'ennemi public numéro 1 !


Qu'il fasse attention, on est armés !

Au vu du postulat de départ, on comprend vite qu'il est impossible que cette série connaisse une fin heureuse. Quel que soit le Rider qui remporterait le tournoi et verrait son vœu exaucé, les autres périraient sans que les leurs ne se réalisent. Quant aux Mirror Monsters, il est impossible de les exterminer, vu qu'il resterait obligatoirement celui du Rider qui les aurait vaincus. Lequel, faute d'adversaires pour lui servir de nourriture, se retournerait contre son maître avant de recommencer à chasser l'homo sapiens. À moins, bien sûr de suivre le raisonnement des Alternatives et d'éliminer cette pauvre Yui (et encore, on aura l'occasion de découvrir que sa mort ne changerait rien).


Pour les Alternatives, il n'y a pas d'alternative: Yui doit mourir !


Ça, c'est quelqu'un qui sait se faire obéir.


Pas étonnant qu'elle attrape la grosse tête.

Par conséquent, même si cette série possède plusieurs fins possibles, aucune n'est réellement joyeuse. En effet, comme je l'ai mentionné précédemment, en plus de la série principale, Kamen Rider Ryuki a eu droit a deux films se déroulant dans des continuités différentes et ayant donc leurs propres épilogues, tous pessimistes: Episode Final apporte une conclusion alternative à la série tandis que 13 Riders raconte une version totalement différente de la saga et possède deux fins différentes que les spectateurs pouvaient choisir lors de sa diffusion télévisée.


Un point agaçant des trailers : il n'est pas rare qu'ils nous teasent un nouveau Rider ou un power-up ... alors que c'est le cliffhanger de fin de l'épisode suivant !


Et puisqu'on parle de cliffhanger, un des épisodes se termine alors que Nanako est attaquée par un Mirror Monster ...


Mais dans l'épisode suivant, l'attaque n'a jamais eu lieu et elle a juste photographié fortuitement le monstre dans son miroir.


Maintenant que leur existence est connue, la chasse aux Mirror Monsters est ouverte.

On a donc déjà trois fins possibles avec les films mais la série elle-même en possède deux différentes. Dans la première, un des Riders remporte finalement le tournoi et voit son vœu se réaliser (et non, il ne s'agit pas de Ryuki, les scénaristes surprenant le spectateur en le faisant mourir avant la conclusion de sa propre série!) avant de succomber à ses blessures (ou de simplement perdre connaissance, la scène étant ambiguë). Mais ensuite, Shirô, qui a finalement compris que sa sœur ne souhaitait pas être sauvée à ce prix, utilise une dernière fois son pouvoir sur le temps pour empêcher l'événement déclencheur de la série, impliquant que lui et Yui sont morts quand ils étaient enfants. La fin canonique de Kamen Rider Ryuki montre donc les personnages principaux de nouveau vivants dans un monde où les Mirror Monsters n'ont jamais existé et ne gardant aucun souvenir des événements de la série, puisqu'ils n'ont en fait jamais eu lieu. D'ailleurs, certains fans considèrent que tout comme la première fin, les événements des deux films sont d'autres continuités alternatives annulées par Shirô.


- On s'est pas déjà rencontrés ?
- Non, on s'en souviendrait, sinon.

Mêlant duel de carte façon Yu-Gi-Oh!, jeu de combat façon Mortal Kombat et tournoi de chevalerie tout en apportant quelques innovations qu'on retrouvera dans les séries suivantes et qui rendent bien en produits dérivés (les accessoires à collectionner, les gadgets dotés d'une voix électronique), Kamen Rider Ryuki bénéficie en outre d'un excellent scénario anti-manichéen qui aborde des thèmes complexes sans pour autant oublier de détendre régulièrement l'atmosphère avec une bonne dose d'humour. Le tout avec des héros aussi attachants que complexes, parmi lesquels Shinji/Ryuki qui est un choix parfait pour être le personnage central. Non seulement c'est à travers lui que le spectateur découvre l'univers de la série, son fonctionnement et ses enjeux, mais c'est aussi celui auquel il s'identifie le plus pour son idéalisme confronté à une dure réalité et à l'impossibilité de trouver une solution simple à une situation complexe pour laquelle il ne peut y avoir de happy end.


Une nouvelle partie pour en être sûr ?